Tenez-vous au milieu de Shibuya la nuit, et vous êtes entouré de dieux. Vous ne pouvez pas les voir. Les foules s'écoulent sur le célèbre carrefour, les néons brûlent, les trains grondent au-dessus de vos têtes — et quelque part par-delà tout cela, dans les récits qui façonnent encore cette ville et ce pays, les anciennes divinités sont bel et bien vivantes. La déesse du soleil dont un descendant siégerait, dit-on, sur le trône impérial. Le dieu de la tempête qui terrassa un serpent. Le dieu du tonnerre et le dieu du vent qui chevauchent les typhons fouettant les îles chaque année. Les esprits-renards gardant un sanctuaire niché entre deux tours de bureaux. Tokyo est l'une des villes les plus modernes et futuristes de la planète, et elle est aussi hantée, au sens le plus doux, par l'un des panthéons les plus riches du monde. Voici un guide de ces dieux — les dieux japonais, les kami et les esprits du shinto et de la mythologie japonaise, la distribution divine qui peuple l'imaginaire japonais depuis plus de mille ans et qui marche encore, invisible, à travers les canyons de néon de la capitale.
Ceci est une introduction aux grands dieux du Japon — qui ils sont, ce sur quoi ils règnent, et les récits qui les rendent inoubliables. Nous rencontrerons les trois grands enfants de la création : Amaterasu le soleil, Tsukuyomi la lune, et Susanoo la tempête. Nous rencontrerons le redoutable couple de Raijin et Fūjin, le tonnerre et le vent. Nous rencontrerons les Sept Dieux du Bonheur qui apportent la fortune, le messager-renard Inari, le juge redouté des morts, et la foule d'esprits, de démons et de farceurs qui complètent la population divine. La mythologie japonaise n'a pas de panthéon net et ordonné comme celui des Grecs ou des Nordiques. Elle a quelque chose de plus sauvage et de plus foisonnant — huit millions de kami, dit la tradition, une multitude divine aussi dense et variée que la ville de Tokyo elle-même.
DANS CET ARTICLE
- 01Un aperçu des kami
- 02Izanagi et Izanami : les créateurs
- 03Amaterasu : la déesse du soleil
- 04Tsukuyomi : le dieu de la lune
- 05Susanoo : le dieu de la tempête
- 06Raijin et Fūjin : tonnerre et vent
- 07Inari : le dieu du riz et les renards
- 08Les Sept Dieux du Bonheur
- 09Autres dieux, esprits et démons
- 10Où vivent les dieux : les sanctuaires
- 11Dans l'anime, les jeux et la pop culture
- 12Questions fréquentes
1. Les dieux du Japon : un aperçu des kami
Avant de rencontrer les dieux un à un, il est utile de comprendre quel genre de dieux ils sont — car ce ne sont pas des dieux au sens où l'entend la plus grande partie du monde. Les divinités du Japon sont des kami, et les kami sont un type d'êtres divins différent des dieux de la Grèce, du Dieu de la Bible ou des divinités de l'hindouisme. Pour saisir le panthéon japonais, il faut d'abord desserrer son emprise sur le mot « dieu ».
Un kami est un esprit, une présence divine, une force digne de crainte sacrée. Certains kami sont de puissantes divinités cosmiques qui règnent sur le soleil et la tempête. D'autres sont petits et locaux : l'esprit d'une seule cascade, d'un arbre ancien, d'une montagne particulière, voire d'un être humain d'exception devenu kami après sa mort. La tradition parle des yaoyorozu no kami — les « huit millions de dieux » — un chiffre conçu non comme un décompte mais comme l'expression de l'innombrable. Le divin, dans la vision japonaise, n'est pas concentré en un être suprême au-dessus du monde mais dispersé à travers lui, présent dans la nature, dans la beauté, dans la puissance et dans la pureté. Voilà pourquoi la mythologie japonaise ressemble moins à un panthéon organisé qu'à un écosystème grouillant du sacré. Il y a de grands dieux aux récits épiques, et sous eux une vaste population scintillante d'esprits moindres, sans nombre.
La plupart des grands dieux nommés proviennent des deux mêmes textes anciens : le Kojiki, achevé en 712, et le Nihon Shoki, achevé en 720. Ce sont les écritures fondatrices de la mythologie japonaise, compilées sur ordre impérial, et elles nous donnent la création du monde, la naissance des dieux et l'ascendance divine des empereurs. Les divinités majeures que nous allons rencontrer — les créateurs, le soleil, la lune, la tempête — sortent toutes de ces pages. Elles sont les dieux de premier plan d'un panthéon dont la distribution complète se compte en millions.
Une dernière chose distingue les dieux japonais de bien d'autres : leur complexité morale. Ce ne sont pas des dieux proprement répartis entre le bien et le mal. Amaterasu, la divinité suprême, se cache dans une grotte et plonge le monde dans les ténèbres par peur et par chagrin. Susanoo, qui tue un monstre et sauve un village, est aussi celui qui a causé ces ténèbres par sa violence. Même les démons et les farceurs sont rarement simplement mauvais. Les kami reflètent la nature elle-même — belle et dangereuse, nourricière et destructrice, jamais pleinement une seule chose. Un dieu-rivière donne l'eau et noie aussi. Un dieu de la tempête apporte les pluies qui nourrissent le riz et les typhons qui aplatissent les maisons. Ce refus de ranger le divin dans des cases morales bien nettes donne à la mythologie japonaise une profondeur et un réalisme qui la rendent inépuisablement captivante, et c'est l'une des raisons pour lesquelles les dieux se transposent si naturellement dans les personnages moralement complexes de la fiction moderne.
2. Izanagi et Izanami : les créateurs
Tout panthéon commence par une création, et celui du Japon commence par un couple divin et une lance ornée de joyaux. Izanagi et Izanami furent les derniers de la première génération des dieux, un frère et une sœur devenus mari et femme, et à eux échut la tâche de façonner le monde. Debout sur le pont flottant du ciel, ils plongèrent une grande lance dans l'océan informe en contrebas, le remuèrent, puis la soulevèrent. La saumure qui s'égoutta de sa pointe s'amoncela pour former la première île. Ils descendirent y vivre.
Ensemble, Izanagi et Izanami donnèrent naissance aux îles du Japon, l'une après l'autre, puis à une multitude de kami — dieux de la mer, des rivières, des montagnes, du vent, des arbres. Mais la création portait une tragédie en son cœur. En donnant naissance au dieu du feu, Izanami fut mortellement brûlée, et elle mourut et descendit dans le Yomi, le pays des morts. Son époux accablé de chagrin, Izanagi, la suivit dans le monde souterrain pour la reconquérir, et son échec là-bas — l'horreur de voir son cadavre transformé, sa fuite éperdue, le scellement du monde souterrain derrière lui — est l'un des mythes les plus puissants de toute la tradition. C'est durant la purification rituelle qui suivit cette fuite, lavant la souillure de la mort, qu'Izanagi donna naissance aux trois plus grands dieux de tous. De son œil gauche vint le soleil. De son œil droit, la lune. De son nez, la tempête. Tout le panthéon tourne autour de ce moment.
3. Amaterasu : la déesse du soleil
Au sommet du panthéon japonais se tient Amaterasu, la déesse du soleil, la divinité la plus importante et la plus vénérée de tout le shinto. Née de l'œil gauche d'Izanagi, elle est l'éclat même — la lumière qui rend la vie possible, la clarté au centre de l'ordre divin. Son nom complet, Amaterasu-Ōmikami, signifie « la grande et auguste kami qui brille dans le ciel ». Elle règne sur Takamagahara, la haute plaine du ciel, et la famille impériale du Japon revendique d'elle une descendance directe, ce qui fait d'elle non seulement une déesse mais l'aïeule divine de la nation.
Le mythe qui définit Amaterasu est l'histoire de la grotte. Lorsque son frère Susanoo se livra à un déchaînement de violence à travers le ciel, profanant ses salles sacrées et terrifiant ses suivantes, la déesse du soleil s'enfuit, de chagrin et de peur, dans une grotte, l'Ama-no-Iwato, et la scella. Le monde sombra dans les ténèbres totales. Les récoltes périrent, les esprits mauvais grouillèrent, et les dieux désespérèrent. Pour l'attirer dehors, ils organisèrent une célébration tapageuse devant la grotte, avec une danse grivoise et hilarante qui fit rugir tous les dieux de rire. Intriguée par cette gaieté dans un monde plongé dans l'obscurité, Amaterasu jeta un regard au-dehors — et l'on lui montra son propre reflet éblouissant dans un miroir suspendu à un arbre. Attirée vers la lumière, elle émergea, et le monde fut sauvé. La lumière revint. L'ordre du cosmos tint bon. Ce mythe, plus que tout autre, exprime son rôle central : elle est la lumière sans laquelle l'existence elle-même défaille. Son grand sanctuaire d'Ise demeure le site le plus saint du Japon, et le miroir sacré qui la tira de la grotte est l'un des trois Trésors impériaux.
4. Tsukuyomi : le dieu de la lune
Né de l'œil droit d'Izanagi, le jumeau de l'œil gauche du soleil, vint Tsukuyomi, le dieu de la lune. Il est le pendant froid et silencieux de sa sœur rayonnante — maître de la nuit, la pâle lumière qui gouverne le royaume des ténèbres. Et il est, étrangement, l'un des plus mystérieux de tous les grands dieux, car sa mythologie est presque entièrement muette. Là où Amaterasu et Susanoo ont des récits riches et dramatiques, Tsukuyomi apparaît, reçoit la nuit à gouverner, puis s'efface presque entièrement des chroniques.
Son unique mythe mémorable est aussi le récit de sa rupture avec sa sœur. Envoyé par Amaterasu visiter une déesse de la nourriture nommée Uke Mochi, Tsukuyomi fut si dégoûté par la façon dont elle produisait la nourriture à partir de son corps qu'il la tua. Lorsqu'il revint et avoua, Amaterasu, horrifiée, déclara qu'elle ne poserait plus jamais les yeux sur lui. Et ainsi ils se séparèrent. Le soleil et la lune, divisés à jamais. À partir de cet instant, le soleil et la lune furent séparés, condamnés à se lever et se coucher en une alternance éternelle, ne partageant jamais le ciel. C'est l'origine mythique de la division du jour et de la nuit. Le dieu de la lune est, comme il se doit, le dieu de l'absence et de la séparation — présent chaque nuit, mais toujours à distance — et son histoire est l'une des plus étranges du panthéon.
5. Susanoo : le dieu de la tempête
Le troisième des grands enfants, né du nez d'Izanagi, est Susanoo, le dieu des tempêtes et de la mer — et le plus turbulent, le plus contradictoire et le plus humain de tous les dieux japonais. Il est une force de chaos et un héros, un exilé et un sauveur, tout à la fois. Ses colères ébranlèrent le ciel et poussèrent le soleil à se cacher. Pourtant, précipité sur terre, il en devint le protecteur, et son plus grand exploit est l'un des plus beaux récits de combat contre un dragon de toute la mythologie mondiale.
Banni du ciel pour son déchaînement, Susanoo descendit au pays d'Izumo, où il trouva un vieux couple pleurant sur leur dernière fille survivante. Un serpent monstrueux à huit têtes et huit queues, Yamata-no-Orochi, avait dévoré leurs sept autres enfants et venait chercher la dernière. Susanoo conclut un marché : la main de la jeune fille en mariage en échange de la mort du monstre. Il fit brasser au peuple un saké d'une force prodigieuse, disposa huit cuves, et attendit. Les huit têtes du serpent vidèrent chacune une cuve et sombrèrent dans la torpeur — et Susanoo tailla le monstre en pièces. La rivière se teignit de rouge. Le héros naquit du semeur de chaos. Dans sa queue, il trouva une épée magnifique, Kusanagi, qu'il offrit à sa sœur Amaterasu en réconciliation, et qui devint l'un des trois Trésors impériaux. De fauteur de chaos à héros, Susanoo est le dieu qui renferme toutes les contradictions, et l'une des figures les plus aimées de tout le panthéon.
6. Raijin et Fūjin : le tonnerre et le vent
Si Amaterasu et sa fratrie sont la royauté cosmique du panthéon, Raijin et Fūjin en sont les forces élémentaires les plus spectaculaires — les dieux que vous reconnaîtriez instantanément dans l'art japonais, même sans rien savoir d'autre de la mythologie japonaise. Ils sont les dieux du tonnerre et du vent, et ils apparaissent presque toujours ensemble, un couple redoutable et inoubliable.
Raijin est le dieu du tonnerre, une divinité sauvage à l'allure démoniaque, entourée d'un cercle de tambours. Il frappe ces tambours pour créer le fracas du tonnerre et le grondement des tempêtes, son corps musculeux crépitant de l'énergie de l'orage. Fūjin, le dieu du vent, est son compagnon, une figure tout aussi farouche qui porte un grand sac en bandoulière, et de ce sac il libère les vents sur le monde. Le tonnerre et le vent. Le tambour et le sac. La tempête faite chair. Ensemble, ils personnifient les typhons et les tempêtes violentes qui ont toujours façonné la vie sur les îles japonaises — terrifiants, puissants, et traités avec un profond respect. Ils apparaissent dans d'innombrables statues de gardiens de temples, paravents et peintures, leurs visages grimaçants comptant parmi les images les plus emblématiques de l'art religieux japonais, matière à de saisissantes estampes japonaises. Les voir, c'est comprendre d'un coup d'œil comment les Japonais imaginaient la puissance brute et dangereuse de la nature : non comme une météo abstraite, mais comme des dieux dotés de visages, de tambours et de sacs de vent.
7. Inari : le dieu du riz et les renards
Parmi les plus aimés et les plus vénérés de tous les dieux japonais se trouve Inari, la divinité du riz, de l'agriculture, de la prospérité et de la réussite matérielle. Dans un pays dont toute la civilisation s'est bâtie sur le riz, un dieu du riz est un dieu de la vie elle-même, et les sanctuaires d'Inari comptent parmi les plus nombreux du Japon — des dizaines de milliers, des grands complexes aux minuscules autels au bord des routes. Le plus célèbre, Fushimi Inari à Kyoto, est mondialement renommé pour ses tunnels sans fin de milliers de torii vermillon serpentant à flanc de montagne.
Inari est inséparable du renard. Le kitsune, le renard, sert de messager sacré à Inari, et des statues de renards gardent l'entrée de chaque sanctuaire d'Inari, souvent une clé ou un joyau dans la gueule. Le renard est partout. Guettez-le. Avec le temps, les messagers et le dieu se sont si étroitement associés dans l'imaginaire populaire que les renards eux-mêmes prennent une aura divine. Inari est aussi l'une des divinités les plus fluides du panthéon, dépeinte tantôt comme mâle, tantôt comme femelle, tantôt comme androgyne — une souplesse qui reflète l'immense popularité du dieu dans toutes les couches de la vie japonaise, prié par les paysans pour de bonnes récoltes et par les marchands et les gens d'affaires pour la réussite et la prospérité. Entrez dans le siège d'une entreprise de Tokyo et vous pourriez fort bien trouver un petit sanctuaire d'Inari sur le toit, où des cadres modernes implorent encore un antique dieu du riz pour la bonne fortune.
Le portail torii vermillon, ce symbole entre tous reconnaissable du Japon, appartient avant tout à Inari. Les milliers de portails de Fushimi Inari ont chacun été offerts par une personne ou une entreprise, en gratitude ou dans l'espoir de la prospérité, leurs noms inscrits au dos, de sorte que parcourir les tunnels revient à traverser une archive physique de siècles de prières pour la bonne fortune. La couleur elle-même, ce rouge-orangé intense, était réputée éloigner le mal et est inséparable du culte d'Inari. Quand vous imaginez un portail de sanctuaire japonais rougeoyant contre la forêt verte, vous imaginez la porte du dieu du riz, le plus pratique et le plus accessible de tous les grands kami, celui vers qui les gens ordinaires se sont toujours tournés pour les choses simples : une bonne récolte, une affaire prospère, une année florissante.
8. Les Sept Dieux du Bonheur
Aucun parcours des dieux japonais ne serait complet sans les Shichifukujin, les Sept Dieux du Bonheur — un groupe joyeux et très aimé de divinités qui apportent la bonne fortune, et un parfait exemple du génie de la religion japonaise pour mêler les traditions. Car ces sept dieux ne sont pas tous japonais. Ils forment une équipe syncrétique, puisée dans le shinto, le bouddhisme, le taoisme et l'hindouisme, rassemblée en une seule troupe porte-bonheur, populaire depuis l'époque d'Edo.
Les sept comprennent Ebisu, le joyeux dieu des pêcheurs et du commerce, le seul d'origine purement japonaise ; Daikokuten, le dieu de la richesse et du foyer, avec son maillet magique et ses balles de riz ; Bishamonten, le dieu cuirassé des guerriers et de la protection, vêtu comme une figure en armure de samouraï ; Benzaiten, la seule déesse du groupe, divinité de la musique, de l'art, du savoir et de l'eau, venue à l'origine de la déesse hindoue Saraswati ; Fukurokuju et Jurōjin, deux dieux de la longévité et de la sagesse aux origines dans le taoisme chinois ; et Hotei, le dieu gras et rieur, porteur de sac, du contentement et de l'abondance, souvent identifié au « Bouddha rieur ». Ensemble, ils sont fréquemment dépeints voguant à bord du takarabune, le navire au trésor, qui entrerait au port au Nouvel An en apportant la fortune pour l'année à venir. Les Sept Dieux du Bonheur sont le visage amical et accessible du panthéon japonais — des dieux que l'on ne craint pas mais que l'on accueille, les porteurs de chance, de prospérité et de joie.
9. Autres dieux, esprits et démons
Au-delà des divinités de premier plan s'étend le vaste reliquat des huit millions de kami — une population grouillante de dieux, d'esprits, de démons et de farceurs, trop nombreux pour être pleinement catalogués, mais impossibles à ignorer. C'est là que le panthéon japonais révèle véritablement sa densité et son étrangeté.
Il y a Enma, le roi redouté et juge des morts, qui règne sur les enfers bouddhiques et pèse les actes de chaque âme qui se présente devant lui. Il y a les tengu, les fiers esprits des montagnes au long nez, mi-oiseaux, mi-gobelins, maîtres des arts martiaux et du sabre, à la fois dangereux et protecteurs. Il y a les kappa, les créatures espiègles vivant dans l'eau, qui se tapissent dans les rivières et les étangs. Il y a les oni, les démons cornus et brutaux du folklore et de l'enfer bouddhique, et les kitsune, les esprits-renards changeurs de forme qui peuvent prendre forme humaine pour duper ou séduire. Et il y a toute la vaste catégorie des yōkai — les créatures surnaturelles, les monstres et les esprits qui peuplent le folklore japonais, des objets domestiques animés aux apparitions terrifiantes. La frontière entre dieu et esprit, entre kami vénéré et monstre redouté, est souvent floue au Japon, et ce flou fait partie de ce qui rend la tradition si riche. La même forêt peut abriter un kami bienveillant et un yōkai dangereux, et le voyageur avisé témoigne du respect aux deux.
10. Où vivent les dieux : sanctuaires de Tokyo et d'ailleurs
Les dieux du Japon ne sont pas confinés aux textes anciens. Ils vivent, encore, dans les sanctuaires et les temples qui parsèment le pays — et Tokyo, malgré toute son hyper-modernité, en regorge. La capitale est constellée de sanctuaires où les anciennes divinités sont honorées exactement comme elles l'ont été pendant des siècles, souvent dans les décors les plus improbables, entre les gratte-ciel et au-dessus des gares.
Le plus grand des sanctuaires de Tokyo est Meiji Jingū, un vaste sanctuaire forestier au cœur de la ville, dédié aux esprits déifiés de l'empereur Meiji et de son impératrice — un rappel qu'au shinto, même des figures historiques modernes peuvent devenir des kami. Il y a Kanda Myōjin, un sanctuaire vieux de plusieurs siècles qui bénit désormais, fait célèbre, l'électronique et les gadgets du quartier voisin d'Akihabara ainsi que les entreprises de la ville, où l'on peut acheter une amulette protectrice pour son ordinateur. Il y a le sanctuaire Hie, gardant le quartier politique, et d'innombrables petits sanctuaires d'Inari nichés sur les toits et dans les ruelles. À travers le Japon se dressent les centres véritablement sacrés : Ise, la demeure d'Amaterasu et le site le plus saint du pays ; Izumo Taisha, antique siège de la lignée de Susanoo ; Fushimi Inari avec ses tunnels de torii. Visiter ces lieux, c'est découvrir que les dieux japonais ne sont pas de l'histoire. Ils sont une présence vivante, tissée dans la vie quotidienne de la nation la plus moderne de la terre.
11. Les dieux japonais dans l'anime, les jeux et la culture pop
Et bien sûr, les dieux ont une seconde vie, qui les a portés bien au-delà des côtes du Japon : le vaste monde mondial de l'anime, du manga et des jeux vidéo. Pour un nombre immense de gens à travers la planète, la première rencontre avec Amaterasu, Susanoo ou Raijin ne se fait pas dans un sanctuaire ou une écriture, mais sur un écran — et le panthéon japonais s'est révélé un puits d'inspiration inépuisable.
Les noms sont partout. Amaterasu prête son nom et son pouvoir à des personnages et des techniques dans d'innombrables séries, des flammes noires de Naruto à la déesse-louve héroïne du jeu adoré Ōkami. Susanoo apparaît comme un colossal guerrier spectral dans Naruto et comme un dieu jouable dans Smite, le jeu de combat entièrement bâti à partir des mythologies du monde, où Amaterasu, Susanoo, Raijin, Izanami et d'autres combattent côte à côte. Raijin et Fūjin reviennent sans fin comme boss et personnages du tonnerre et du vent. Les Sept Dieux du Bonheur, les tengu, le kitsune et l'oni peuplent jeu après jeu et anime après anime. Cette postérité moderne est, à sa manière, une continuation de la plus ancienne tradition : les Japonais ont toujours été à l'aise pour reconter et réimaginer leurs dieux, et le médium le plus récent pour le faire se trouve simplement atteindre la planète entière. Les huit millions de kami se sont mondialisés. Ils ont commencé dans une grotte et une rivière. Ils emplissent désormais les écrans du monde.
12. Questions fréquentes sur les dieux japonais
Qui sont les principaux dieux du Japon ?
Les principaux dieux du Japon sont les kami de la mythologie shinto. Les plus importants sont les trois enfants du créateur Izanagi : Amaterasu, la déesse du soleil et divinité suprême ; Tsukuyomi, le dieu de la lune ; et Susanoo, le dieu de la tempête. Parmi les autres figures majeures, on trouve les dieux du tonnerre et du vent Raijin et Fūjin, le dieu du riz Inari et ses messagers-renards, le couple créateur Izanagi et Izanami, et les Sept Dieux du Bonheur.
Combien y a-t-il de dieux dans la mythologie japonaise ?
La tradition japonaise parle des yaoyorozu no kami, les « huit millions de dieux », mais ce nombre est symbolique plutôt que littéral — il désigne une multitude innombrable et infinie. Au-delà des grandes divinités nommées, les kami incluent les esprits des montagnes, des rivières, des arbres, du riz, des ancêtres et d'innombrables forces naturelles et locales. La mythologie japonaise n'a pas de panthéon fixe et organisé, mais plutôt une vaste et foisonnante population du divin.
Quel est le dieu japonais le plus important ?
Le dieu japonais le plus important est Amaterasu, la déesse du soleil. Elle est la divinité suprême du shinto, maîtresse de la haute plaine du ciel, et l'aïeule divine dont la lignée impériale japonaise revendique la descendance. Son grand sanctuaire d'Ise est le site le plus saint du Japon, et le miroir sacré qui lui est associé est l'un des trois Trésors impériaux qui symbolisent la légitimité de l'empereur.
Quelle est la différence entre un kami et un dieu ?
Un kami est le concept japonais d'un être divin, mais il diffère de l'idée occidentale d'un « dieu ». Un kami est un esprit ou une présence sacrée digne de crainte, qui peut être une grande divinité cosmique, un esprit local de la nature, ou même un humain déifié. Les kami ne sont pas tout-puissants ni séparés du monde ; ils sont tissés à travers la nature et la vie. Le divin, dans le shinto, est dispersé à travers le monde plutôt que concentré en un seul Dieu suprême.
Qui sont Raijin et Fūjin ?
Raijin et Fūjin sont les dieux japonais du tonnerre et du vent, presque toujours dépeints ensemble comme un couple redoutable. Raijin, le dieu du tonnerre, est entouré d'un cercle de tambours qu'il frappe pour créer le tonnerre. Fūjin, le dieu du vent, porte un grand sac de vents sur ses épaules. Ensemble, ils personnifient les typhons et les tempêtes qui façonnent la vie au Japon, et ils comptent parmi les figures les plus emblématiques de l'art religieux japonais.
Qui sont les Sept Dieux du Bonheur ?
Les Sept Dieux du Bonheur, ou Shichifukujin, sont un groupe de sept divinités qui apportent la bonne fortune, puisées dans le shinto, le bouddhisme, le taoisme et l'hindouisme. Ce sont Ebisu (le commerce et la pêche), Daikokuten (la richesse), Bishamonten (les guerriers), Benzaiten (les arts et la musique), Fukurokuju et Jurōjin (la longévité et la sagesse), et Hotei (le contentement). On les montre souvent voguant sur un navire au trésor, et ils sont de populaires porteurs de chance depuis l'époque d'Edo.
Les dieux japonais sont-ils encore vénérés aujourd'hui ?
Oui. Les dieux japonais sont encore activement vénérés dans les sanctuaires de tout le Japon, y compris dans l'ultra-moderne Tokyo, où des sanctuaires comme Meiji Jingū et Kanda Myōjin demeurent des centres de culte animés. Des millions de personnes visitent les sanctuaires au Nouvel An, achètent des amulettes protectrices et observent les fêtes dédiées aux kami. Si beaucoup de Japonais se décrivent comme non religieux, la pratique d'honorer les dieux reste tissée dans la vie quotidienne et le rythme de l'année.


